Beate Sirota Gordon

A 22 ans, Beate Sirota Gordon est la seule femme à rédiger la Constitution japonaise de 1946.

Beate Sirota Gordon

L'essentiel

En raison de sa connaissance exceptionnelle de la langue et de la culture japonaise, Beate Sirota Gordon (1923-2012) est la seule femme à participer, à tout juste 22 ans, à la rédaction de la Constitution japonaise de 1946, qui dote le pays d’institutions modernes et démocratiques, et émancipe les femmes nippones comme jamais auparavant dans leur histoire. Née à la veille de la Seconde Guerre mondiale dans une famille juive cultivée, Beate connaît un destin exceptionnel à plus d’un titre. Dans le contexte de l’époque, au milieu du XXe siècle, il est quasiment impensable pour une femme de jouer un rôle politique comme celui que joua Beate Sirota Gordon. Elle n’est pourtant pas seulement une femme exceptionnelle. C’est d’abord une personne exceptionnelle, capable comme bien peu d’Occidentaux alors de comprendre quelque chose à l’âme japonaise, de maîtriser la langue, de servir de pont entre un Orient et un Occident qui, à l’époque, se comprennent d’autant moins qu’ils se sont affrontés sur le terrain militaire, et avec quelle violence !

Article

UNE ENFANCE JAPONAISE

Beate naît en Autriche dans une famille juive où la culture et les arts sont à l’honneur. Sa mère, Augustine, musicienne, est la sœur d’un célèbre chef d’orchestre Sacha Horenstein. Son père, Léo Sirota, est un pianiste virtuose. Né dans l’actuelle Ukraine, enfant précoce qui étudie le piano dès l’âge de 5 ans et donne des concerts à 9. En, 1928, il se voit proposer une chaire de professeur à l’Académie impériale de musique de Tokyo. C’est le début de l’aventure japonaise pour la jeune Beate, tout juste âgée de 5 ans. Elle raconte : « Le choc culturel que j’ai ressenti dès notre arrivée sur les quais de Kobe a effacé tout souvenir de Vienne ». À l’époque, les voyages, surtout si lointains, sont bien moins fréquents qu’aujourd’hui. Surtout, la société européenne connaît alors très mal l’Asie en général, et le Japon en particulier qui, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, est un pays fermé sur lui-même. « Je n’avais jamais vu un Asiatique avant, et la vue de tous ces Japonais m’a poussée à demander à ma mère s’ils étaient tous frères et sœurs. (…) Elle s’est alors promis de m’élever pour m’intégrer dans la société japonaise ». On mesure ici le caractère exceptionnel de la famille Sirota, et notamment de la mère de Beate. En un temps où le racisme et l’incompréhension gouvernent largement les relations culturelles entre civilisations si différentes, elle décide au contraire d’éduquer sa petite fille afin de lui donner les moyens d’aller à la rencontre de ce peuple étrange et étranger. Peut-être le fait d’appartenir à un peuple toujours traité en étranger, le peuple juif, motive-t-il cette démarche chez la mère de Beate ? Quoi qu’il en soit, il est certain que la petite fille grandit dans un milieu familial exceptionnel, un monde d’intellectuels et d’artistes ouverts sur le monde et les autres, soucieux de rencontres, dépourvu de préjugés. Bref, tout un état d’esprit qui guidera pour une bonne part son destin à venir, un état d’esprit emblématique de ce qu’Eric Hobsbawm appelait la « haute culture bourgeoise », constituée au terme du « long XIXe siècle » et disparue au cours de l’« âge des extrêmes », culture dont la musique classique et l’opéra furent les emblèmes, jusqu’au Japon… Leo Sirota y forme l’élite des pianistes japonais, contribuant à l’enracinement profond dans l’Orient extrême d’une culture musicale européenne classique à la vitalité extraordinaire.

Le séjour japonais est prévu pour durer six mois. Il va se prolonger 17 années. L’éclatement de la crise économique mondiale, puis la montée du nazisme, interdisent tout retour. Et de toute façon, Léo Sirota comme son épouse sont tombés sous le charme du Japon. Dès leur arrivée, ils s’initient à sa culture et rencontrent ses habitants. Petite fille, Beate partage les jeux de ses petits voisins japonais, et tisse des liens de cœur avec la nation nippone. Elle apprend le japonais à une vitesse stupéfiante, en quelques mois (3 mois et demi selon les récits familiaux) et pratique l’ikebana, l’art raffiné de la composition florale, ainsi que la danse traditionnelle japonaise. Elle découvre aussi, très vite, cette spécificité de l’organisation sociale japonaise : les femmes y sont totalement invisibles. Aucune Japonaise n’accepte les invitations de ses parents. Et quand la famille Sirota, qui s’intègre bien, est invitée à dîner par des hôtes japonais, les épouses servent à table et s’éclipsent pour prendre leur repas à part…
Mais dans un pays qui est, dès le 26 septembre 1940 et la signature du pacte tripartite avec l’Allemagne nazie et l’Italie mussolinienne, allié de Hitler, Beate prend conscience de sa judéité à l’âge de 11 ans. Même à des milliers de kilomètres de l’Allemagne nazie, les relents de la haine du Führer parviennent à la petite fille. À l’école luthérienne allemande de Tokyo, où elle est scolarisée, on fait le salut hitlérien et on apprend l’idéologie du IIIe Reich. Ses parents font donc rapidement le choix de l’inscrire dans une autre école, américaine celle-ci. Et bientôt, Beate quitte le Japon pour le Mills College, à Oakland, en Californie. Ella a alors 16 ans. Conscients de la tournure que prennent les événements, les Sirota la préfère à l’abri, chez les Alliés. En 1939, Beate quitte Tokyo, où l’aventure militariste qui conduira le Japon au désastre de 1945 est bien engagée, pour San Francisco, afin d’y entreprendre des études supérieures.

JEUNESSE AMÉRICAINE

Aux Etats-Unis, la jeune fille continue son brillant parcours. Il faut dire qu’elle parle alors l’allemand, le français, le russe, l’anglais et, surtout, qu’elle fait partie de la toute petite centaine d’Occidentaux dans le monde qui manient la langue nippone. Leo et Augustine lui rendent visite au début de l’année 1941, mais en dépit des réticences de sa femme, Léo décide de rentrer au Japon. L’entrée en guerre est pourtant imminente. C’est de Hawaï qu’ils embarquent sur le dernier bateau à partir pour Yokohama, avant que l’aviation japonaise ne surprenne et détruise la flotte américaine à Pearl Harbor. L’épisode est révélateur de cet idéalisme qui aveugla une majorité des élites culturelles face aux totalitarismes du XXe siècle. Il paraissait impossible qu’un pays cultivé comme l’Allemagne, patrie de Goethe et de Hölderlin, puisse entraîner l’Europe dans une barbarie sans précédent historique. De même, comment imaginer que le Japon, si raffiné mais si dépourvu de ressources, puisse sortir vainqueur d’une épreuve de force avec la première puissance militaire mondiale, les États-Unis ? Leo et Augustine vont payer cette naïveté d’une séparation de quatre années d’avec leur fille et d’un séjour forcé, marqué par le froid, la faim, l’isolement, à Karuizawa, aujourd’hui encore refuge de la bonne société tokyoïte contre la touffeur estivale de la capitale et où le régime militariste exile les résidents étrangers de Tokyo quand la guerre entre dans sa phase active. Mais ils survivront et après la capitulation de 1945, Beate saisit la première occasion pour partir à leur rencontre. Le recrutement par le commandement suprême des forces alliées de jeunes universitaires américains maîtrisant la langue du pays occupé va lui fournir cette occasion. En effet, brillante dans ses études, Beate publie régulièrement des articles dans le Times, et se fait vite remarquer par le ministère de la Défense américain. Tout récemment naturalisée américaine, elle travaille au service des Etats-Unis, traduisant notamment toutes les communications radios qui émanent du Pacifique, et joue un rôle très actif au service de son nouveau pays. « Un jour, j’ai traduit qu’un sous-marin japonais se dirigeait tout droit vers San Francisco. Personne ne l’avait entendu ! » précise-t-elle lors d’une conférence au Middleburry College, dans le Vermont, en 2007. C’est donc tout naturellement qu’elle rejoint les services du général MacArthur, chargé de « démocratiser » le Japon après sa reddition, proclamée le 2 septembre1945, après les deux attaques d’Hiroshima et Nagasaki. Le général n’est pas complètement illégitime dans cette tâche, et il l’aborde avec une méthode originale. Il connaît le Japon depuis son enfance, et fait un geste politique essentiel au tout début de l’occupation américaine, contre l’establishment de Washington, en préservant l’empereur tout en le privant de tout pouvoir.

SEPT JOURS POUR UNE CONSTITUTION

Quand Beate Sirota débarque à Tokyo, l’archipel est une terre meurtrie. Le Japon vaincu, est alors occupé par les forces américaines, qui entreprennent de réorganiser le pays et, surtout, de le moderniser. Le commandant en chef des forces alliées dans le Pacifique, le général Douglas MacArthur, devient gouverneur militaire du Japon. Il doit assurer la direction d’un pays à l’agonie et se lance donc dans l’expérience du nation building. Au Japon, il s’agit notamment de mettre fin, dans la mentalité des vaincus, à un militarisme dont la nature radicale avait stupéfié tous les belligérants. Une réforme agraire radicale est lancée et l’abolition des privilèges de l’aristocratie décrétée, mais MacArthur intervient avec beaucoup de doigté, conservant ainsi un rôle majeur aux anciennes élites politiques et respectant la structure industrielle du pays. Surtout, les Américains sont soucieux de manifester du respect et de l’empathie à l’égard de la culture japonaise. Il est donc essentiel pour le général MacArthur de s’entourer de personnalités brillantes, et fines connaisseuses de l’archipel. Il prend alors quelques décisions décisives pour l’avenir du Japon comme pour celui de Beate Sirota.

Après deux tentatives manquées des Japonais eux-mêmes, le général donne quelques jours à un groupe dominé par les experts travaillant pour le commandement suprême des puissances alliées afin de doter le nouveau Japon d’une loi fondamentale. Beate est alors « la seule femme dans la pièce », la plus jeune (22 ans à peine), et l’une des rares à parler couramment la langue des vaincus, à en connaître et à en apprécier la culture, à en comprendre la sensibilité. En février 1946, elle est donc convoquée, avec une vingtaine d’hommes, afin de rédiger la nouvelle Constitution du pays, en 7 jours seulement. Beate se voit chargée de rédiger les articles de la Constitution qui donnent, ni plus ni moins, des droits aux femmes japonaises. « Les Japonaises étaient historiquement considérées comme des effets personnels. Les femmes n’avaient pour ainsi dire aucun droit » se souvient-elle. Tout est à faire donc. Et la jeune femme n’a, bien évidemment, jamais rédigé de constitution de sa vie. Pour être à la mesure de ce défi exceptionnel, elle court les bibliothèques et va se battre pour la cause des femmes au point d’obtenir l’inclusion, contre les réticences affichées des négociateurs japonais, d’un certain nombre d’avancées décisives. C’est tout un socle législatif  qui proclame rien moins que l’égalité des sexes qu’elle propose devant ses collègues, avec la volonté d’extraire la moitié de la population japonaise de la prison féodale où la tradition l’enferme, en tout cas dans l’espace public. L’ensemble de ses propositions n’est pas accepté en bloc. Ainsi, plusieurs articles – comme le droit pour les femmes de demander le divorce – sont rejetés, car jugés trop progressistes. Il faut dire que Beate propose d’intégrer à la Constitution japonaise des droits qui n’existent pas pour les femmes américaines, ou françaises.

Parmi les propositions de Beate qui recueillent l’assentiment de ses collègues, citons celle qui concerne le mariage (article 24) : « Le mariage est fondé uniquement sur le consentement mutuel des deux époux et son maintien est assuré par la coopération mutuelle, sur la base de l’égalité de droits du mari et de la femme. En ce qui concerne le choix du conjoint, les droits de propriété, de succession, le choix du domicile, le divorce et autres questions se rapportant au mariage et à la famille, la législation est promulguée  dans l’esprit de la dignité individuelle et de l’égalité fondamentale des sexe ». En quelques lignes, le Japon se trouve ainsi doté d’une législation plus avancée que celle de bien des démocraties européennes à l’époque. Le consentement mutuel pour le mariage met fin, théoriquement, aux mariages arrangés. De même, les femmes obtiennent un droit à l’héritage, à la propriété et au travail salarié (mais l’article sur l’égalité salariale, lui, est retoqué). Elles obtiennent également des droits sur leurs enfants, et l’égalité dans l’éducation. C’est une véritable révolution ! À l’époque, on ne peut pas en dire autant des femmes françaises jusqu’à la réforme de 1965 et même jusqu’à la loi du 4 juillet 1970 qui remplace la « puissance paternelle » s’exerçant sur les enfants par « l’autorité parentale conjointe ».

Après bien des réticences, les délégués japonais finissent par accepter ce qui deviendra les articles 14 et 24 de la loi fondamentale japonaise. L’article 14 proclame l’égalité de tous les citoyens devant la loi, précisant que « il n’existe aucune discrimination dans les relations politiques, économiques ou sociales fondée sur la race, la croyance, le sexe, la condition sociale ou l’origine familiale ». L’article 24 consacre la dignité et l’égalité essentielle des deux sexes dans le mariage et la vie de famille. Le système de « maison » (iye) est supprimé. Toute Japonaise, comme tout Japonais, a droit au respect comme individu, une notion occidentale qui est alors importée au pays du Soleil levant pour l’occasion. De même, il a droit à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur, notions occidentales également. La puissance occupante, les Etats-Unis, réussit finalement le tour de force de transformer l’empire du Soleil Levant défait, militariste et nationaliste, en une démocratie prospère et pacifiste.

APRÈS-GUERRE, LA VIE AMÉRICAINE ET LE JAPON AU CŒUR

Sa tâche accomplie, en 1947, Beate Sirota quitte le Japon et part faire sa vie eux Etats-Unis. De son côté, le Japon se redresse rapidement. Dès 1953, le pays retrouve son niveau de vie d’avant la guerre, et accède bientôt au rang de 3e puissance industrielle mondiale, à la faveur d’un boom économique exceptionnel, qui bouleverse toutefois davantage les conditions matérielles de vie des Japonais et des Japonaises que les mentalités. Beate épouse Joseph Gordon, un interprète. Elle a deux enfants. Elle renoue avec les racines familiales en reprenant des pratiques artistiques, et œuvre pour la promotion des arts asiatiques. Elle assiste aussi de jeunes étudiant-e-s japonais-e-s venu-e-s aux Etats-Unis pour leurs études, parmi lesquel-le-s Yoko Ono, future épouse de John Lennon. Grâce à elle, l’Amérique découvre l’existence des haïkus, du théâtre nô et de la cérémonie du thé. Elle est mondialement reconnue pour son travail de promotion de la culture asiatique en Occident. Présidente de la Japan Society, une organisation culturelle américano-japonaise, dans les années 1950, puis de l’Asia Society à partir des années 1970, elle fait connaître nombre d’artistes asiatiques en Occident mais personne ne sait quel rôle elle a joué, et qu’elle a rédigé les articles relatifs aux droits des femmes dans la Constitution nippone. Cette discrétion est aussi, pour partie, volontaire. Ce n’est qu’en 1997 qu’un hommage public lui est rendu par le lieutenant-colonel américain Charles Kates, qui souligne son implication en faveur des droits des femmes japonaises. Beate en profite pour publier son autobiographie, The Only Woman in the Room. En 1998, elle est décorée de l’ordre du Trésor sacré, la plus haute distinction nippone.

Mais au début des années 2000, avec l’arrivée des conservateurs au pouvoir au Japon, il ne fait pas bon rappeler publiquement la contribution américaine à la loi fondamentale du pays, ni souligner le rôle décisif que joua une femme, très jeune de surcroît, dans cette entreprise. Le premier ministre japonais Shinzo Abe appelle à la révision de la Constitution. Les droits des femmes, comme un certain nombre d’autres avancées démocratiques d’ailleurs, seraient un acquis du colonialisme américain. Ces valeurs considérées comme « importées » (pacifisme, égalité des droits) font l’objet d’une contestation en règle, dans une société japonaise toujours méfiante par rapport au monde occidental.

Beate s’effraie de ces critiques, et ne cesse de défendre les acquis des articles 14 et 24. Selon l’historien John Dower « Jamais Beate Sirota Gordon ne pensa qu’elle allait apprendre quelque chose aux Japonais, mais simplement qu’elle contribuait à la fondation d’une société moins oppressive  ». Elle meurt le 30 décembre 2012, à l’âge de 89 ans, inquiète jusqu’à son dernier souffle. Et les évolutions récentes de la situation politique au Japon semblent lui donner, hélas, raison. Pour ce qui est de l’égalité femmes/hommes, le Japon ne cesse de reculer dans le classement mondial puisqu’il est passé entre 2010 et 2013 de la 98e à la 105e place mondiale (sur 136 pays classés). Au Japon comme dans de nombreux autres pays, il y a un gouffre entre l’égalité de droit, qui existe entre femmes et hommes dans la loi, et l’égalité de fait, la réalité sociale. Dans la politique, la bureaucratie, les entreprises, le plafond de verre bloque, comme ailleurs, l’ascension des femmes aux postes à responsabilité. Le poids des mariages arrangés par les familles, les marieuses professionnelles ou les chefs de service (dans le cas des jeunes cadres ou fonctionnaires), reste important. L’institution du mariage est d’ailleurs à ce point contraignante que nombreuses sont les Japonaises à refuser aujourd’hui de s’y soumettre, à refuser le fardeau trop inégalitaire de la maternité d’où une situation démographique catastrophique, voire à refuser de s’engager dans quelque relation amoureuse que ce soit. Le décalage entre les aspirations égalitaires de la jeune génération et la pesanteur des traditions produit ce qu’on appelle le sekkusu shinai shokogun, le syndrome du célibat. Dans la tranche des 18-34 ans, 61 % des hommes sont non mariés et 49 % des femmes ne sont engagés dans aucune relation amoureuse, affective ou sexuelle.

Mise à jour : 30/04/2014

Beate Sirota Gordon

LEO SIROTA AU PIANO

Leo Sirota, le père de Beate Sirota Gordon, joue la Polonaise héroïque opus 53 en la bémol majeur (enregistrement de 1929).

aller plus avant

Leo Sirota

Beate Sirota Gordon

The Only Woman in the Room
Ouvrage de Beate Sirota Gordon

La famille Sirota en 1929

L'empereur japonais Hirohito en 1926

Le Sacre de l'hiver - La Neuvième Symphonie de Beethoven, un mythe de la modernité japonaise
Ouvrage de Michel Wasserman 

La société japonaise à la veille de la Seconde Guerre mondiale

La société japonaise est alors féodale. Elle obéit aveuglément à des préceptes édictés, pour la plupart, au XVIIe siècle. Le Code japonais des rapports hiérarchiques précise ainsi : « La femme est l’inférieure de son époux. Le fils est l’inférieur de son père. Le vassal est l’inférieur de son seigneur. Et pour l’inférieur, l’unique absolu est une dévotion totale aux intérêts du supérieur ». Le chef de famille a tout pouvoir sur les membres de sa famille : le pouvoir par exemple de donner son consentement ou son refus à un mariage.

Le Japon de Hirohito

Le Japon est alors un empire, et c’est Hirohito qui le gouverne depuis le 25 décembre 1926. Il reste au pouvoir jusqu’à sa mort, survenue le 7 janvier 1989. Sous son règne, le Japon s’isole progressivement du monde, quittant notamment la Société des Nations dès 1933. Après la période d’ouverture qu’avait initiée l’empereur Meiji à partir de 1868, l’heure est au retour de la rigueur et du traditionalisme, dans une société fortement hiérarchisée fondée sur un grand culte des ancêtres.

L’attaque Pearl Harbor

Au matin du 7 décembre 1941, le général Hideki Tojo lance une attaque surprise contre la flotte américaine du Pacifique abritée dans Pearl Harbor et contre d’autres forces qui stationnent alentour, sur l’île d’Oahu, dans l’archipel d’Hawaï. Hirohito a des prétentions expansionnistes pour l’empire du Soleil, et il réagit aux sanctions économiques prises par Washington en juillet 1941, après l’invasion de la Chine et de l’Indochine française par l’armée japonaise. Cette attaque entraîne l’entrée des États-Unis dans le conflit.

Hiroshima et Nagasaki

Le Japon est le seul pays à avoir été victime de la bombe atomique. Le nombre de morts liés aux bombardements d’Hiroshima (6 août 1945) et Nagasaki (9 août) est difficile à estimer : l’explosion, et l’incendie qui a suivi auraient tué 110 000 personnes selon le Département de l’Énergie des Etats-Unis. Au musée du mémorial pour la paix on parle de 140 000 morts pour la seule Hiroshima. Selon Howard Zinn, historien américain, le nombre de victimes atteint 250 000. Il faut y ajouter les décès survenus ensuite, liés à l’exposition des populations aux radiations.

Regards américains sur le Japon

MacArthur n’intervient pas au Japon sans prendre les précautions qui s’imposent tant les mœurs du pays diffèrent des pratiques américaines. Il sait s’entourer et prendre conseil. C’est ainsi qu’il commande à l’anthropologue Ruth Benedict un rapport qui va servir de manuel aux forces d’occupation américaines. Le Chrysanthème et le sabre, paru en en 1945 sous le titre « Rapport 25 : Modèles de comportement japonais », écrit à distance et en un an à peine, réussit la gageure de demeurer, malgré les critiques, une référence classique sur le Japon.

Le nation bulding ou « construction nationale »

Cette stratégie fait suite à l’isolationnisme et à la doctrine Monroe (XIXe et début XX e siècle), qui consacre le principe du non-interventionnisme. Il s’agit au contraire de s’impliquer directement dans les affaires intérieures d’autres pays. Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s’impliquent particulièrement dans des pays en faillite, caractérisés par l’incapacité de l’État à exercer son pouvoir sur son territoire et sa population, afin de préserver leurs intérêts économiques et politiques.

The Only Woman in the Room – A Memoir, de Beate Sirota Gordon, Édition Kodansha International, 2001

« La seule femme dans la pièce », c’est le titre des mémoires de Beate Sirota Gordon, qui ne sont hélas pas disponibles en français.

Shinzo Abe

Homme politique japonais, un temps président du parti libéral-démocrate (PLD), il est Premier ministre du 26 septembre 2006 au 25 septembre 2007 avant de démissionner, à la suite d’ennuis de santé et de la défaite de sa majorité aux élections à la Chambre des conseillers. Il retrouve son poste de Premier ministre le 26 décembre 2012.

Les droits des femmes françaises en 1945

La Constitution de 1946 proclame le principe de l’égalité des femmes et des hommes en droit. « La loi garantit à la femme dans tous les domaines des droits égaux à ceux des hommes » (Préambule). Les Françaises obtiennent le droit de vote par décret en 1944, et l’utilisent en 1945 à l’occasion des élections municipales. Elles ne peuvent pas demander le divorce de leur seule initiative. C’est la réforme du régime matrimonial de 1965 qui donne à une femme mariée le statut d’un individu majeur.

Réforme des régimes matrimoniaux du 13 juillet 1965 en France

Cette réforme marque l’abolition, pour les femmes, du Code Napoléon. Elle autorise les femmes mariées à disposer de leurs biens, à ouvrir un compte bancaire, à exercer une profession sans autorisation de son mari. C’est un pas vers l’égalité au sein du couple, puisque le mari ne peut désormais se passer de l’avis et du consentement de sa femme dans la gestion des biens du ménage.

Rapport annuel mondial sur les inégalités entre les sexes

Le Forum économique mondial publie chaque année un rapport annuel sur les inégalités entre les sexes dans 136 pays : le Global Gender Gap Report. 4 critères sont pris en considération : l’accès à l’éducation, la santé, la représentation dans les instances politiques et les opportunités économiques.

MURIEL SALLE

Muriel Salle est historienne et maîtresse de conférences à l’Université Claude Bernard Lyon 1 - IUFM de Lyon. Ses travaux portent sur le discours médical concernant les femmes au XIXème siècle, et plus généralement sur le principe de classification en histoire des sciences et de la médecine, ainsi que sur la question de l’éducation à l’égalité des sexes.